43, Boulevard de l'Océan ...

Un perroquet... On entendait un perroquet... Je cherchais, je me retournais, scrutant dans les hauteurs des arbres encore verdoyants, ces pins majestueux aux écorces d'ocre et de terre qui bordent nos côtes océanes... Pas de battement d'ailes, pas d'oeil perçant, pourtant j'ai l'ouie fine, je suis si sûre de l'existence d'un animal presque en détresse ... J'insiste pourtant, éprise de curiosité. Mais en y réfléchissant bien, en analysant ce cri animalier j'aperçois au même instant, avec stupéfaction une chevelure grisonnante ébouriffée laissant apparaître un profil blanchâtre et laiteux... J'observe malgré moi avec cette retenue et cette pudeur qui me caractérisent tant ... Je ne voudrais pas avoir l'air d'entrer dans sa vie intime mais je m'y sens obligée ...
Une main... Sa main droite scande des coups sur un support que je ne vois pas et que je ne devine pas non plus car une distance suffisante me permet d'observer sans être vue. Mon coeur se serre et je souffre à cette vision brutale qui s'offre à mon regard.
Frappe-t-elle une table ou un coussin moëlleux qui amortirait les chocs pourtant violents et qui protègerait ainsi son poignet ?
Soudain je pense à un sport asiatique ... je méconnais avec exactitude les pratiques sportives de ce continent pourtant il me semble qu'elles sont fondées sur la méditation et la non-violence... A force d'obervation je m'interdis une telle signification qui serait un contre-sens pour ne pas dire un non sens.
Un carton dont les bords fracassés laissent apparaître des ombres servent en fait de support à cette main meurtrière, meurtrie, meurtrissante, sous un cahot cahotique, saccadé, épuisant, sans répit,...c'est à vous couper le souffle... J'ai du mal à reprendre ma respiration.
Je ne peux pas rester là sans rien faire, cet appel au secours m'interpelle... Pourtant des passants habitués déambulent sur son trottoir indifféremment ! Je suis consternée. Une vieille dame au teint pâle résidant au numéro 39 me raconte qu'elle est accoutumée à ce vacarme aussi bien diurne que nocturne. Je décide de composer sur mon téléphone portable le 15 ... à ce même moment cette personne âgée repart chez elle... Pas de solidarité !
Les pompiers arrivent et m'interrogent : je leur raconte alors mes préoccupations quant à cette personne qui s'auto-mutile et agresse verbalement les nouveaux passants ... L'air hagar, l'un d'eux me raconte qu'ils ne pourront rien faire ...  Indifférence la plus absolue même dans ce corps de métier !!!
A ce même instant cette jeune femme d'une quarantaine d'année que j'ai signalée s'enfuie par une porte arrière de la maison, pieds nus, vêtue d'un simple Jean, les cheveux au vent ... en direction de la plage.
Je ne la reverrai plus...
 Je la cherche sur la plage mais en vain...
Le soleil brille, il fait chaud.
Pieds nus, vêtue de ma robe en Jean, les cheveux au vent, je me dirige sur le sable.
Marchant dans l'eau je cherche toujours ...

Soudain une main contusionnée sort de l'eau...

 

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